Mené par Antony Dubreuil et Antoine Persia, le 24 février 2021.

INTRODUCTION

Le 26 juin 2018, les premières lignes du scénario du film LETSIO ont vu le jour. L’histoire ressemble globalement à celle d’aujourd’hui avec cependant de nombreuses différences. Le moyen métrage raconte l’histoire de Nathan, un jeune ingénieur de seize ans qui construit une intelligence artificielle. Une entreprise intéressée décide d’employer la manière forte pour récupérer le programme, mais celle-ci ne se doutait pas encore qu’en son sein se trouvait un autre intéressé qui ne partage pas les mêmes aspirations. Le projet se finit le 25 octobre 2020 avec la diffusion à l’équipe du Unifive Production, la version finale du film. A l’heure où j’écris, la pandémie du Covid-19 empêche la diffusion au cinéma des 3 Pierrots devant signer la véritable fin du projet. 

Le projet était très ambitieux et partait du rêve de trois adolescents souhaitant réaliser un long-métrage. Ce fut à la fois le principal atout et le principal défaut du projet : d’un côté, l’aventure se déroulant sur un laps de temps plus long, les différents membres de l’association ont pu vivre de nombreuses expériences ensemble et apprendre à se connaître. L’envergure du projet a également élevé le niveau de difficulté permettant ainsi de s’améliorer énormément. Toutefois, ce fut également le défaut du projet. En effet, l’ambition étant trop grande pour un premier projet, il essuya les plâtres de nombreuses fois face à l’inexpérience dont nous faisions preuve. 

Ce rapport d’expérience, basé sur les retours des participants au projet, a pour objectif d’éviter aux prochains de commettre les mêmes erreurs. 

I- PRÉ-PRODUCTION 

La première étape fut la rédaction du scénario. Entre la première version de celui-ci et le produit fini, les changements sont drastiques. Nous ne nous sommes pas arrêtés à la première version. En effet, l’histoire en générale a été rédigée par une seule et même personne mais peaufinée par d’autres. Grâce à ce travail de groupe, nous avons pu avoir un regard éloigné sur l’histoire et sur l’écriture du scénario. Cependant, notre première erreur fut notre ambition. Même si comme précisé dans l’introduction cela nous a permis d’en apprendre beaucoup, l’équipe aurait sûrement pu acquérir tout autant d’expériences sur plus de projets. Nous confirmons ainsi que pour débuter, il vaut mieux un projet court et bien structuré, qu’un projet trop long qui peut ne jamais aboutir et surtout démoraliser. 

Mais nous étions lancés, nous avons commencé à chercher autour de nous, des personnes souhaitant nous rejoindre autour d’une passion et d’un rêve commun : créer un film. Les premiers acteurs ont ainsi rejoint le projet, nous avons commencé à en parler au collège et à notre entourage. Grâce à des fiches explicatives, nous avons pu convaincre des parents et des futurs acteurs d’avoir foi en le projet. Le tournage pouvait bientôt commencer ! Mais il nous manquait un point indispensable : le matériel. Nous avions à l’époque une petite caméra et un micro qui se branchait sur smartphone ; rien selon nous à l’égal de notre ambition démesurée. Pour pouvoir subvenir à nos besoins, nous nous sommes lancés dans une quête redoutable pour un groupe tel que le nôtre : la recherche de moyens financiers. Nous avons alors entendu parler de la Bourse Initiative Jeune, organisée par le Conseil des Jeunes de la ville de Saint-Cloud. Celle-ci permettait de financer jusqu’à 20% du budget dans la limite de 1000€. Pour pouvoir présenter notre projet, nous devions être organisés en une structure, une association. C’est là que nous avons entendu parler du Rassemblement National des Juniors Association. Cet organisme permettait à des jeunes tels que nous de pouvoir créer une association facilement. Ainsi le 22 mai 2019, l’association UNIFIVE PRODUCTION vit le jour avec pour unique objectif de réaliser un projet : Letsio. Après une présentation à la “bourse jeune” devant un jury, la ville nous a subventionné à hauteur de 1000€ ; c’est à ce moment que nous avons réalisé que le projet avait vraiment commencé. Pour trouver l’argent manquant pour acheter du matériel audiovisuel, nous nous sommes adressés à nos familles pour collecter de la “love money”. 

Nous avons établi, à partir du scénario, une liste des acteurs et figurants dont nous avions besoin. L’avantage de la structure de l’association a été de pouvoir expliquer facilement comment rejoindre le projet : intégrer l’organisme. Une première date de tournage a été fixée : celle de février 2019. Vous pouvez vous en douter, cela ne fut jamais le cas. Le premier tournage a véritablement eu lieu après le brevet, au début des “Grandes Vacances”. Et c’est tout. En effet, sans expérience nous ne nous sommes pas doutés de la quantité d’organisations dont nous aurions besoin. Nous avons débuté le tournage en faisant des approximations sur les dates, nous demandions les disponibilités aux acteurs peu de temps avant la date butoir. Finalement, ce fut le désordre et alors qu’à la fin des grandes vacances le film devait être bouclé, aucune des scènes tournées pendant ce laps de temps ne sera dans le montage final… Nous aurions déjà dû faire une lecture du scénario en groupe pour créer un premier lien entre les différents participants du projet, de plus, cela aurait permis de s’assurer que tout le monde connaisse l’histoire en répondant aux questions ou en faisant des remarques à l’oral. Durant cette période de pré-production, la réalisation d’un screenplay peut-être peut-être également très intéressante dans l’optique de créer des plans travaillés, mais surtout d’illustrer le scénario aux acteurs et à l’équipe de tournage pour que tout le monde ait une vue d’ensemble uniforme.

II-  PRODUCTION

En décembre 2019, alors que le tournage avait commencé véritablement depuis peu, on parle aux informations d’un petit virus qui avait été détecté en Chine. On le baptisera plus tard sous le nom de COVID-19, une pandémie mondiale et historique. Après avoir tourné un plan séquences mettant en scène deux amis en train de parler en jouant à un jeu vidéo. Le confinement national commença. Alors que l’équipe venait à peine de s’habituer au rythme d’une scène par semaine, nous nous sommes retrouvés complètement pétrifiés dans la glace durant deux mois. Mais finalement, la pandémie nous a bien plus aidée qu’autre chose. Nous avons pris conscience de nombreux problèmes durant cette pause. Le premier fut l’association. Cela faisait plus d’un an que celle-ci existait et pourtant celle-ci avait du mal à rester conforme à sa description qui était de réunir des jeunes autour d’une passion commune, le cinéma. Durant le confinement, nous avons créé le serveur discord du Unifive. L’objectif a été de faire en sorte que les membres de l’association puissent échanger autour de sujets cinématographiques. Plus tard, cela donnera lieu à la création des activités dans l’association comme l’activité scénario, montage ou même débat qui conserve cette thématique d’échange autour du cinéma. Le discord se transformera petit à petit en rassemblement communautaire pour l’association, gardant pour “chat” interne Whatsapp. 

A la sortie du confinement, nous ne sommes pas revenus en cours en présentiel. Nous avons alors eu beaucoup plus de disponibilités pour tout le monde. Une période de tournage intensive a alors débuté. Durant le mois de juin, nous avons réalisé durant deux semaines, près de trois tournages par jour. Au début des grandes vacances, le film était quasiment terminé. C’est durant ce laps de temps que nous avons le plus appris. Il vaut mieux un tournage très intensif sur une période de temps très courte qu’un tournage plus lent sur une période longue sans deadline. Mais tous nos problèmes que nous avions connus jusque là furent amplifiés. Et le problème qui revenait sans cesse fut celui de l’organisation. Certes, un tournage intensif et court est préférable mais il est également beaucoup plus compliqué à mettre en place qu’un tournage plus long mais moins intensif. Le principal défaut fut celui du planning. Nous aurions dû prévoir celui-ci durant le confinement. Nous nous sommes retrouvé au final à devoir téléphoner en permanence aux acteurs à la dernière seconde, sans aperçu global des deux semaines à venir. Un dispositif de planning est très long à mettre en place, il faut récolter les disponibilités de tout le monde, les faire concorder en prenant en compte les lieux de tournage, les temps de tournage et surtout les imprévus. Il nous est déjà arrivé de nous retrouver sur le lieu de tournage, prêt à tourner mais… sans l’acteur, celui-ci ayant oublié de venir ! Mais, il est possible que les imprévus viennent des lieux de tournages, un tournage qui devait initialement durer une heure à été multiplié par quatre suite à des imprévus successifs malgré les changements d’emplacements. Un plan de tournage qui marche, c’est difficile, mais c’est surtout un gain de temps monumental par la suite. L’investissement dans celui-ci est évident ! Si vous souhaitez vous concentrer sur la qualité de votre film une fois sur le tournage et ne pas avoir d’autres occupations que celle-ci, il faut prévoir à l’avance, c’est une qualité essentielle d’un bon tournage. Durant le tournage de Letsio, la direction d’acteur ne fut malheureusement pas la priorité. La gestion des acteurs est pourtant essentielle. Il ne faut pas hésiter à les motiver et à les faire participer. Il est souvent arrivé qu’ils soient passifs durant le tournage et surtout qu’ils arrivent sans avoir appris leurs textes. Ne pas donner le texte à l’avance peut être un choix mais pas une obligation. Il a fallu à chaque fois 30 minutes pour apprendre le texte et au final les acteurs étaient moins à l’aise et ne pouvaient pas beaucoup jouer avec celui-ci. Pour finir sur la direction d’acteurs, il ne faut pas hésiter à parler de leurs performances, que ce soit en bien pour les mettre en confiance en décrivant précisément ce que vous avez aimé ou pas avec une critique constructive. Dans les deux cas, ils se sentiront plus en confiance et passeront un meilleur moment lors du tournage. N’oubliez pas qu’à la fin, c’est eux qui seront sur le grand écran. Néanmoins, il ne faut pas oublier que chacun a sa place, même si prendre soin de ses acteurs est une bonne chose, il ne faut pas non plus qu’ils se sentent libres de tout. Il ne faut pas hésiter à leur donner des directives. Il faut savoir faire preuve d’autorité pour accélérer le tournage. Il faut avoir confiance en soi ! Mais attention, devenir un dictateur n’est pas une solution. Il faut trouver la bonne dose. Dans les retours des membres concernant le projet, ce qui a fait que celui-ci fût globalement une réussite a été la bonne ambiance sur les tournages. Au fur et à mesure de vivre cette aventure tous ensemble, nous avons créé de nouvelles amitiés et voir plus certaines fois. Une qualité parmi tant d’autres de notre équipe fut sa capacité à s’adapter en toute situation. Il n’est jamais arrivé qu’une journée ne serve à rien. Face aux problèmes, nous ne laissions jamais la place au désespoir, nous étions toujours à fond pour trouver une solution. Mais un problème récurrent fut celui du matériel. Nous avons pris un certain temps avant de le répartir à différents responsables. Avant cela, des oublis ou encore des indisponibilités furent nombreux. Lorsqu’il manquait un perchman, nous étions directement sur nos téléphones pour en chercher un nouveau au plus vite.

III – POST-PRODUCTION

A la fin de chaque tournage, le montage de la scène précédemment tournée est réalisé et partagée sur le Whatsapp (sauf durant les deux semaines intensives de tournage où les exceptions furent nombreuses dû au rythme). Cette idée est bonne dans le fond mais peut être un mauvais stratagème. Alors que l’objectif est de combler le manque de confiance en soi des acteurs qui n’ont pas été rassurés durant le tournage, l’effet peut être inverse. Vu que la scène montée se trouve en dehors du contexte global du film et avec un montage provisoire et bâclée, l’impression peut être mauvaise contrairement au visionnage final.

La post-production fut facilitée de ce point de vue, la moitié du film avait déjà été montée sans prendre en compte le son. Mais cet avantage fut moindre face à la quantité colossale de travail que fut le montage du film. Non seulement nous n’avions pas trié les rushs à la fin des tournages mais l’utilisation du clap était l’exception. Sans clap, ni nom de vidéo précis, la première étape de la post-production fut le tri… Puis, nous avons débuté le “vrai” montage. Quelques effets spéciaux furent utilisés et les musiques ont été trouvées sur internet (Audio network). Des doublages ont été réalisés par la suite pour certaines scènes qui en avaient besoin. La première version du film fini, durait 1 heure et 6 minutes. Après le visionnage de celui-ci, le rythme lent et pesant pouvait ennuyer de nombreuses fois le spectateur. En vue de la diffusion prochaine au cinéma qui avait été fixée au 31 octobre 2020, le montage a été revu intégralement. En tout, Letsio va connaître vingt versions. La version finale dure 45 minutes et 16 secondes. Ce qu’il faut retenir, c’est que l’histoire d’un film ne se fixe pas uniquement à son scénario ou à son tournage mais également au montage. Dans Letsio, de nombreuses scènes furent supprimées pour donner tout d’abord un rythme plus vivant au film mais également simplifier l’intrigue qui était trop compliquée. Mais ces nombreuses versions vont aussi profiter de l’ajout de nouvelles scènes et de nouveaux plans. Des plans en drones ont été réalisés à posteriori, des plans oubliés ont été retrouvés et tout cela a donné un nouveau charme au film. La diffusion au cinéma a été finalement décalée suite à la fermeture des cinémas à cause de l’épidémie. A la place, nous avons organisé une séance de projection privée pour les membres de l’association. Les retours furent essentiellement de la surprise. La plupart étaient plutôt étonnés de la qualité du projet. Durant la projection, des rires, du stresse et de la nostalgie. Les applaudissements des membres conclurent le projet, deux ans après son lancement. 

Au début de l’année 2021, l’association voit un nouveau jour. De nouveaux projets, de nouveaux objectifs donnent la voie au groupe pour continuer à progresser. En attendant la diffusion du projet en salle, la conception d’un making off a débuté. Sous la forme d’une vidéo réaction devant les différents tournages, il sera diffusé à l’avenir pour signer véritablement la fin de Letsio.

CONCLUSION

A l’origine du projet, Letsio devait être le début d’une trilogie. Evidemment cela faisait partie de la trop grande ambition que nous avions. Sans prendre en compte la variable de temps et d’investissement. Nous sommes très fiers de pouvoir maintenant regarder notre film. Nous avons réalisé notre souhait à l’origine. Nous avons persévéré et nous avons réussi. Forcément, qui dit premier projet, dit première expérience : les erreurs furent nombreuses. Je m’adresse ainsi à toi, oui toi, toi qui lis ce retour d’expérience. Si la réalisation d’un film peut te faire peur, c’est aussi quelque chose dont je me souviendrais toute ma vie. N’oublie pas les erreurs que nous avons commises avant toi, nourris toi de nos expériences et je te souhaite tout le meilleur pour tes futurs projets.

L’association Unifive Production n’a plus pour objectif de réaliser Letsio, mais dorénavant, de pousser des jeunes passionnés de cinéma à réaliser leurs rêves.


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